Trans

Publié le par Mlle Lambert

« Sois jolie, sois mince, sois forte, sois polie, bien éduquée et plus intelligente », disait le père de Samuel.

Pendant des années, ce dernier s’est demandé comment bien vivre, comment être une bonne fille. Il a désespérément tenté de se conformer à la norme, imitant ses amies, enfouissant toujours plus profondément son anxiété et sa douleur, souriant en public, laissant croire que rien ne clochait. Il souffrait pourtant d’épisode dépressifs sévères et de troubles alimentaires qui mettaient sa vie en danger.

Il a néanmoins donné naissance à deux enfants, dont un à dix-huit ans seulement, essayant tant bien que mal de correspondre à ce que la société voulait qu’il soit, jusqu’à ce qu’il réalise qu’en fait, il n’avait jamais été une femme. Que son corps n’était pas tel qu’il aurait dû être.

Samuel est un homme, il est transsexuel, et il nous explique tout le chemin parcouru du primaire au secondaire, à l’université, et aux tables d’opération de différents pays.

Maintenant, son corps est plein de cicatrices, mais il a enfin l’impression d’exister.

L'avis de Mlle Lambert :

Dans ce roman, Samuel nous raconte son histoire. Il y brise les stéréotypes et se distingue de beaucoup de cas que l’on entend souvent.

« Elle a toujours su qu’elle était un garçon. »
« Depuis toujours, elle jouait aux camions plutôt qu’aux poupées. »
« Elle adorait les sports et repoussait toutes formes d’art. »

Non. En fait, pour Samuel, ce fût beaucoup plus vague que ça. Comme le raconte si bien l’auteur, il avait le sentiment de vivre la vie d’un autre et de ne pas être soi-même plutôt que de ne pas être né du bon sexe.

Son histoire m’a énormément touchée. C’est un roman criant de vérité et de vulnérabilité. J’adore l’audace dont a fait preuve Samuel. Raconter son histoire comme ça. Surtout une histoire qui n’est pas toujours comprise ni acceptée et souvent jugée. Déjà qu’il ne s’est pas toujours compris lui-même ni les sentiments qu’il ressentait.

Personnellement, j’en connaissais très peu sur le sujet. Transgenre, transexuel, transidentitaire… Je n’en savais que les bases et j’ai vraiment beaucoup appris au travers l’histoire de Samuel. Les motivations, la façon dont on se sent, d’où ça part et comment vivre avec tout ça… Je sais que chacun a son propre vécu, son propre processus et sa façon de vivre avec ses différences. Que certains le savent depuis l’enfance alors que d’autres l’ont découverts et fait autrement. Que c’est différent pour chacun. Mais j’ai trouvé très touchant et très enrichissant de suivre l’histoire de Samuel comme ça.

C’est peut-être drôle à dire, mais je me suis vraiment attachée à l’auteur à travers ce roman. J’éprouvais beaucoup d’empathie pour ce qu’il vivait et j’étais fière à chacun de ses accomplissements. J’étais captivée. Et j’ai aussi beaucoup aimé que Samuel y mette quelques photos. Cela donne une touche encore plus intime à son œuvre.

Sérieusement, quant à moi, on devrait faire lire ce livre à ceux – malheureusement encore nombreux – qui jugent les trans. Je suis certaine que leur regard face à cette réalité changerait du tout au tout. Car cette histoire se distingue de ceux qu’on entend souvent et de bien des façons.

Bref, je ne suis habituellement pas portée vers les faits vécus, les témoignages et autres, mais j’ai vraiment adoré cette œuvre.

Samuel, un gros merci de nous avoir livré une partie de toi dans ce livre.

xx

Auteur : Samuel Champagne
Éditions : De Mortagne
Parution : Avril 2017
Pages : 330

J’étais avec Sophie, ma voisine. Nous jouions dans sa chambre, cachées de ses sœurs. Je ne me souviens pas de ce qu’on faisait exactement, mais je me rappelle le sentiment. Sa chambre était lumineuse, à l’avant de la maison. De la fenêtre, je voyais la maison de ma grand-mère. Sophie jouait, dans une robe bleue, et je me disais que je voulais être comme elle. J’avais dix ans, je crois bien. Je ne pensais pas à ce que qui avait trait à la féminité ou à la grâce. Je songeais seulement qu’elle, elle fittait. Il y avait quelque chose dans ses gestes, ses paroles et ses sourires qui m’apparaissait… exact. Approprié. Souhaitable.

Je n’ai pas fait part à Sophie de mon émotion. Qu’est-ce que j’aurais bien pu dire de toute façon? Comment explique-t-on ces choses quand on est enfant? J’entends très souvent parler de jeunes enfants trans qui ont su mettre des mots sur leur vision d’eux-mêmes. Je suis extrêmement heureux pour eux, mais ce ne fut pas mon cas. Ces enfants ont peut-être eux aussi eu l’impression que c’était leur faut, qu’ils étaient responsables de ce sentiment étrange et diffus d’être à côté de la plaque. La différence, c’est qu’ils ont osé en parler. Peut-être, au contraire, savaient-ils qu’ils n’étaient coupables de rien, qu’une raison – somme toute assez simple – justifiait leur émotion : ils n’étaient pas comme les autres le croyaient. Fin de l’histoire.

Extrait p.35

Crédit Photo : Bookivores

Crédit Photo : Bookivores

Publié dans Faits Vécus, LittQc

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