Moi aussi j’aime les hommes

Publié le par Mlle Lambert

Octobre 2015, Alain est assis dans son salon. À la télévision, des images défilent: un jeune homme, les yeux bandés et les mains liées, est amené au sommet de la plus haute tour d'une ville, puis poussé dans le vide. Parce qu'il est homosexuel. Habité par la colère et l'incompréhension, Alain écrit à la première personne à laquelle il pense: Simon. Celui-ci, dans les nuages entre Montréal et Baie-Comeau, lui répond.

C'est ainsi que s'amorcent entre les deux auteurs des échanges qui abordent leurs parcours, leurs aspirations, leur joie face aux avancées des droits LGBTQ+ ici, leurs réactions face aux horreurs perpétrées ailleurs, l'importance de la famille et de la création.

Un ouvrage désarmant de sincérité, où deux hommes se révèlent à travers leur perception de ce qui secoue notre monde.

L'avis de Mlle Lambert :

Je voudrais dire un énorme merci à ces deux hommes qui nous ont parlé à cœur ouvert dans cette œuvre criante de vérité. Merci pour votre honnêteté que j’ai trouvé désarmante et énormément touchante. Merci d’avoir abordé des sujets sensibles avec autant de finesse et de doigté. Merci de croire encore en l’humanité malgré les atrocités que l’on peut vivre depuis plusieurs années et la cruauté dont vous avez été victimes ou témoins. Et surtout, merci de nous faire réaliser que nous ne faisons qu’un, peu importe notre nationalité, notre orientation sexuelle, notre style vestimentaire ou notre couleur de cheveux.

Nombreux d’entre vous savez que j’ai développé une grande affection pour Simon Boulerice. Pour sa personnalité flamboyante, son style unique et sa plume exceptionnelle, mais surtout pour sa façon de raconter les choses telles qu’elles sont. Il est, à mes yeux, un grand auteur, un incontournable en littérature. Mais grâce à ce roman, j’ai également fait la découverte d’un autre auteur à la plume incroyable; Alain Labonté. Le mariage de leurs deux plumes respectives m’a totalement fait fondre!

On entre ici dans l’intimité de ces deux hommes plein de bon sens. J’en ai appris encore plus sur Simon, mais j’ai également appris à connaître Alain, un auteur que je ne connaissais pas, mais qui m’a époustouflé.

Au fil de leurs échanges, les deux auteurs abordent plusieurs thèmes tels que l’homosexualité (bien sûr), l’homoparentalité, la transsexualité, les stéréotypes, l’anorexie (et la boulimie), la liberté, l’acceptation de soi, le terrorisme, la discrimination, la solitude, etc.

 

Dans ce roman, de nombreux passages sont venus me chercher au plus profond de moi. Certains résonnent même encore en moi alors que j’ai terminé ma lecture depuis plusieurs jours déjà. Je me permets de vous mettre ici un passage qui m’a grandement émue :

« ALAIN - Vendredi 25 décembre 2015, Montréal

       C'est Noël et je pense constamment à l'histoire de ce copain, Luc. Tu me diras que des histoires comme la sienne, il y en a des milliers. Mais il n'y a pas que l'histoire des victimes et des bourreaux qui m'intéresse, il y a aussi celle de ces personnes témoins de la violence, qu'elle soit physique ou verbale, et qui n'interviennent pas, souvent trop lâches pour prendre position.
       Comme tu le disais, beaucoup de gais subissent de la discrimination. Et plusieurs autres n'y échappent pas, dont les musulmans, les réfugiés, les obèses, les transsexuels, les chauves, les sidéens les adolescentes aux petits seins, et j'en passe. Dès que nous n'appartenons pas à une norme établie par le plus grand nombre, nous nous retrouvons dans la mire de multiples jugements de valeur.
       S'il y a un mot qui me soûle et que j'aimerais faire disparaître de la langue française, c'est bien le mot différence.
       Quand je regarde un homme ou une femme, je vois l'humain.
       Quand je vois un Black ou un Japonais, je vois l'humain,
       Quand je vois un hétéro ou un gai, je vois l'humain.
       Je ne me sens pas différent de l'autre, je ressens plutôt le désir d'être avec l'autre. Un point c'est tout.
       Je n'ai jamais eu la capacité, et encore moins la volonté, de créer plusieurs mondes dans un seul. » p. 85-86

182 pages de sincérité, 182 pages d’espoir, 182 pages d’amour, quel qu’il soit.

xx

Auteurs : Simon Boulerie & Alain Labonté
Éditions : Stanké
Parution : Février 2017
Pages : 182

ALAIN - Dimanche 4 octobre 2015, Montréal

Cher Simon,
Comment vas-tu?
Es-tu rentré de Belgique?
à courir sans arrêt il me semble que je passe le plus clair de mon temps à perdre les autres de vue.
Je ne peux pas expliquer avec exactitude pourquoi je me tourne vers toi avec un tel automatisme, mais il m'a fallu sur-le-champ partager avec quelqu'un ce que je viens de voir. Et c'est ton visage qui m'est apparu. J'avais sûrement la conviction que ce qui vient de me bouleverser trouverait écho en toi et que tu saurais identifier le tristesse qui m'a assailli.
Il y a quelques minutes, bien assis sur mon canapé, j'ai été témoin d'une atrocité sans nom en regardant les actualités au bulletin de 18 heures. Un tableau d'une telle violence s'est présenté à moi une fois de plus; une fois de trop. J'ai cru un instant que ma poitrine allait s'ouvrir et que mon cœur éclaterait en mille fragments sur le plancher de mes désillusions. On a montré une scène où des membres de l'État islamique condamnaient un homme en raison de son orientation sexuelle, plus précisément de son homosexualité. Plusieurs djihadistes l'escortaient. On lui a bandé les yeux, ligoté les mains et on l'a emporté tout en haut d'une tour. Puis, sous le regard d'un public muet et impassible, on l'a basculé dans le vide. À l'impact de son corps sur le sol, du sang s'est mis à jaillir de son côté droit, traçant un long filet rouge. En un rien de temps, la foule s'est fondue au décor. Puis, plus personne. Plus rien. Un désert.
Ces images défilent en continu dans ma boîte crânienne.
J'ai mal à mon humanité.
Le vase de mes désespérances arrive à ras bord.
As-tu vu cela, Simon?
J'ai beaucoup de difficulté à admettre que nous sommes bel et bien en 2015.
Une autre preuve du fait qu'on ne naît pas tous égaux.

Extrait p.13

Crédit Photo : Mlle Lambert

Crédit Photo : Mlle Lambert

Publié dans LittQc, Général

Commenter cet article