L’importance de Mathilde Poisson

Publié le par Mlle Lambert

Depuis le départ de son père, Mathilde a quitté le cégep afin de subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère devenue alcoolique. La jeune fille est caissière dans une épicerie, où elle subit l'humeur exécrable d'un supérieur qui la harcèle sans répit. Incapable d'en supporter davantage, Mathilde décide d'en finir avec cette vie infernale, mais un jeune garçon l'en empêche au dernier moment. Tout de blanc vêtu, il dit s'appeler Mot et, de toute évidence, il aime la confrontation. Qu'il soit ange ou démon, Mathilde est bien déterminée à semer cet étrange personnage qui s'attache à ses pas et l'oblige à se remettre en question.

L'avis de Mlle Lambert :

Dans ce roman, Véronique Drouin aborde un sujet sensible; le suicide. À travers le personnage de Mathilde Poisson, on comprend à quel point une accumulation de petites et plus grandes choses peuvent mener une jeune adolescente à croire qu'elle serait mieux morte que d'avoir à se lever tous les jours.

Lorsque Mot rencontre Mathilde, elle est au fond du gouffre. Son mal de vivre l'empêche de voir toutes les belles petites choses de la vie. Sa vision: «Pourquoi me forcer à vivre (à travailler, à aller à l'école, à me faire des amis, etc.) alors que je vais finir par mourir quand même.»

Mais sa rencontre avec ce cher Mot viendra contrecarrer ses plans. Ce drôle d'oiseau, entouré de mystère, imprévisible, étonnant, captivant et effronté sur les bords, est l'un des personnages les plus colorés que j'ai eu la chance de rencontrer dans mes nombreuses lectures. Il est tout ce que Mathilde n'est pas; frivole, audacieux, spontané, positif et ricaneur. Et on sent, dès les premières pages, qu'il n'est pas arrivé dans sa vie par hasard. Il y a quelque chose qui se trame. Il y a trop de coïncidences. On veut savoir qui est ce jeune homme et, surtout, pourquoi toutes ces choses étranges se produisent en sa présence. Car Mot - vous vous en doutez bien - n'est pas un garçon comme les autres...

Bref, bien que le roman aborde un sujet sensible, l'histoire, avec Mot dans le décors, nous est racontée de façon légère et on se retrouve même par moment à lire avec le sourire aux lèvres. J'ai beaucoup aimé la façon dont l'auteure nous sensibilise tout en gardant l'histoire plutôt légère.

xx

 

Auteure : Véronique Drouin
Éditions : Bayard
Parution : Février 2017
Pages : 191

Mathilde courait à en perdre haleine. Elle ne courait pas pour rattraper sa vie, mais pour la fuir. S’en échapper, s’en défaire, s’en affranchir. Elle remonta la rue principale jusqu’au bout de la ville, puis grimpa au sommet de la colline qui surplombait le fleuve. Là étaient disposés quelques bancs qui accueillaient les randonneurs et les amoureux. Cependant, en ce vendredi de printemps lourd et sombre, le belvédère avait été déserté. Elle frissonna et remarqua qu’elle portait encore son uniforme de travail, un polo vert gazon assorti d’un pantalon bleu foncé. Elle regrettait un peu que ce soit la dernière chose qu’elle n’allait jamais revêtir.

Elle enjamba le garde-corps et se retrouva confrontée à l’étendue d’eau furieuse qui venait se briser avec éclat au bas de la falaise. Absorbée par cette férocité, elle n’admira ni la vue ni les cumulus gris qui voguaient au-dessus de sa tête.

Elle se jetterait à la mer, se perdrait dans sa masse noire et opaque, comme une bouteille porteuse d’un message de désespoir. Et un jour, alors que Bruno étreindrait Julianne dans le parc, l’océan rapporterait sur ses berges son corps brisé, enveloppé
d’algues et parfumé de varech. Son ex-copain comprendrait à ce moment son désarroi, sa détresse. Il aurait honte.

Extrait p.15

Crédit Photo : Mlle Lambert

Crédit Photo : Mlle Lambert

Publié dans Drame, Jeunesse, LittQc

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