Hubert, le restavèk

Publié le par MissDupont

«Le bateau quitte lentement le quai de Jérémie. J'ai le coeur qui débat, gros dans ma poitrine. Les larmes roulent sur mes joues. La taille de ma mère s'amenuise de plus en plus, pour ne plus devenir qu'un petit point à l'horizon. Je reste là à l'arrière du bateau fixant ce point jusqu'à ce qu'il disparaisse tout à fait de mon champ de vision. Je suis en route pour une nouvelle aventure dont je rêve depuis des mois, mais je suis tout de même angoissé devant l'inconnu.

Après une nuit mouvementée en mer, je suis arrivé à Port-au-Prince en provenance de ma ville natale, une petite ville du sud. Le quai de débarquement, où je me trouve, si on peut l'appeler ainsi, est juste à côté du marché de charbon qui, sans le savoir, allait changer ma vie.

L'histoire qui suit est la mienne et pourrait être celle de milliers de jeunes envoyés par leurs familles pour vivre avec un parent, qui un oncle, une tante, une marraine dans la capitale ou pour être placés comme dans mon cas dans une famille, comme garçon à tout faire ou comme on nous appelle ici : un restavèk (reste avec).»

L'avis de MissDupont :

J'aime lire pour me détendre, pour m'évader, mais parfois je suis plutôt attirée vers des lectures qui vont enrichir ma culture. Ce fut le cas avec ce plus récent roman de Gabriel Osson.

 

Si je vous demande ce qu'est un "restavèk", plusieurs d'entre-vous seront incapables de me le dire. Il en allait de même avant la lecture de ce fabuleux roman qu'est Hubert, le restavèk. Fabuleux en raison de la façon qu'a l'auteur de nous raconter l'histoire d'Hubert, et non pas en raison de l'histoire comme tel, parce que la réalité - le sort de beaucoup trop d'enfants en Haïti - quant à elle, est loin d'être lumineuse.

 

Dans ce roman, on apprend - on prend conscience - que plusieurs enfants de milieux défavorisés sont "abandonnés" entre les mains de familles plus aisées en croyant qu'ils auront une meilleure vie, qu'ils pourront aller à l'école. Malheureusement, l'envers du décor est tout autre et cela, les parents l'ignorent totalement. Ces enfants restavèk (reste avec) sont exploités, maltraités, abusés, etc.

J'osais croire que l'esclavagisme était révolu à notre époque... j'ai pris ma naïveté en pleine gueule en lisant ceci.

 

Bien que le sujet puisse s'apparenter à une soirée orageuse plutôt qu'à un après-midi ensoleillé, ce livre se laisse dévorer en raison de la plume magnifique et colorée de l'auteur.

Et Hubert!! Ce jeune garçon est si attachant et démontre une telle grandeur d'âme, qu'on désire rester à ses côtés à travers les pages... le prendre sous notre aile.

 

Je vous invite sérieusement à vous procurer cet ouvrage, car en plus de vous garantir une excellente lecture... cet achat est une action humanitaire concrète puisque la totalité des redevances liées à la vente de ce livre sont versés à des organismes venant en aide aux enfants restavèk d'Haïti.

Auteur : Gabriel Osson
Éditions : David
Parution : Mars 2017
Pages : 281

Ici, je suis invisible, personne ne me connaît ni ne m'attend. Je n'existe dans aucun registre, je n'ai aucune identité, je suis un fantôme comme des milliers d'enfants de mon genre dans le pays : tous mes amis de l'école, des restavèks déportés, expulsés de leurs familles, vendus pour quelques-uns et tous, pour travailler dans l'anonymat, sans salaire, sans rétribution et reconnaissance aucune. Nous sommes les sans-voix, les invisibles de la terre et de ce pays. Nous n'avons aucun droit, le gouvernement ne veut rien savoir de notre existence. Mon professeur à l'école m'avait dit que le gouvernement avait aboli la coutume des restavèks. Sur papier et aux yeux du monde, quel beau geste! La réalité pour nous est tout autre, j'en suis la preuve.

Extrait p.166

Crédit Photo : Bookivores

Crédit Photo : Bookivores

Publié dans LittCa, Général

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