Et si on avait un autre chien?

Publié le par Mlle Lambert

La seule présence d’un chien, aussi fidèle compagnon soit-il, suffirait-elle à apaiser nos angoisses existentielles? À alléger le poids de la solitude que nous ressentons à certains moments? À tromper l’usure de la vie de couple?

Voici dix-neuf nouvelles empreintes de tendresse et de douce ironie qui baignent tout à la fois dans l’ombre et dans la lumière. Avec ce sens de l’observation qui lui est propre, Jean-Paul Beaumier poursuit l’exploration des relations que nous entretenons avec les autres et qui, de l’enfance à l’âge adulte, modulent et modèlent notre vision du monde. Les tracas du quotidien, les petites déceptions que la vie se charge de semer sur notre chemin, des souvenirs ou des photos surgis du passé. En somme, l’incommensurable mystère des relations humaines.

L'avis de Mlle Lambert :

Cette fois-ci, je suis totalement sortie de ma zone de confort. En fait, mise à part une fois au secondaire, je n’avais jamais vraiment eu la chance de lire un recueil de nouvelles.

Ce que j’ai aimé ici, c’est qu’on retrouve quelques touches d’autofiction dans les nouvelles de l’auteur. Soit par le biais du personnage qui est un nouvelliste ou par le fait que l’on y parle de la nouvelle qu’on a lu juste avant. J’ai aussi bien aimé le fait que plusieurs des nouvelles sont reliées entre elles. Parfois, l’auteur reprend les mêmes personnages (du moins les mêmes noms), les mêmes endroits ou une même idée. Comme s’il y avait un genre de continuité. Moi qui raffole des romans et des longues histoires, j’ai apprécié pouvoir faire des liens entre chaque petite histoire présentée dans ce recueil.

Mon petit bémol est que je m’attendais à ce qu’on parle un peu plus des chiens et des animaux de compagnies. Ayant eu un chien que j’ai adoooooorrréééé et qui a pris une grande place dans ma vie pendant de nombreuses années, je m’attendais à ce que certaines nouvelles viennent me chercher et ravivent certains souvenir de cette période de ma vie. Pour moi, on y a fait trop peu allusion selon mes attentes et ça m’a légèrement déçue.

Finalement, j’ai aimé découvrir un nouveau genre littéraire, mais, personnellement, j’affectionne davantage les histoires plus complètes (et donc plus longues) qu’un recueil de petites histoires très courtes, avec peu de personnages et de détails (ce qui est caractéristique aux nouvelles). Cependant, j’ai beaucoup aimé la plume de Jean-Paul Beaumier et les lecteurs de nouvelles s’y plairont, selon moi, énormément.

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Auteur : Jean-Paul Beaumier
Éditions : Druide
Parution : Février 2017
Pages : 148

Elle s’appelle Mathilde. Je ne connais que son prénom, et cela suffit pour entamer cette histoire comme une blessure qui mettra du temps à cicatriser. Connaître n’est sans doute pas le verbe le plus approprié dans le cas présent, mais à défaut d’un autre, plus précis, plus conforme à la situation, il conviendra. Dès que j’ai entendu quelqu’un t’appeler, je me suis retourné et je n’ai eu aucune surprise : Mathilde, oui, ce nom t’allait à merveille. Je e pouvais en imaginer aucun autre, Émilie, Sarah, Camille, non, j’aurais continué mon chemin et cette histoire n’aurait jamais vu le jour, si histoire il y a. Je n’en suis pas encore certain. Pour être franc, je n’en suis jamais tout à fait certain. Il m’est arrivé tant de fois d’espérer une rencontre.

Mathilde, donc. Tu t’es retournée en même temps que moi. L’homme qui s’adressait à toi était entre nous deux. Quelques mètres nous séparaient, nos regards auraient pu se croiser s’ils ne s’étaient portés sur cet homme vêtu d’un uniforme qui t’appelait, comme s’il te connaissait. Il n’y a là rien de particulier ou d’étrange. Dans les lieux publics, il arrive fréquemment qu’on croie reconnaître un visage, une démarche. On se retourne et on espère que l’autre en fera autant, que l’anonymat de la foule sera soudainement aboli. Mathilde et moi nous nous trouvions soudainement réunis sans même avoir cherché à l’être. Il ne se serait agi d’un Émilie, d’une Sarah ou d’une Camille, j’aurais continué mon chemin, et tu en aurais fait autant, sourde à la voix de cet homme appelant Émilie, Sarah ou Camille, à plusieurs reprises. Mais nous nous sommes arrêtés. Toi, on peut comprendre pourquoi, mais moi? Je l’ignore. Je vous l’ai dit, je ne connaissais pas encore l’issue de cette histoire, j’ignorais même s’il y avait matière à histoire.

Extrait p.145

Crédit Photo : Mlle Lambert

Crédit Photo : Mlle Lambert

Publié dans Nouvelles

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