Suréquipée

Publié le par MissDupont

Lorsque la BlackJag a été mise en vente, il était évident qu’elle allait révolutionner le marché de l’automobile. Constitué uniquement de matériaux organiques, qui en font pour ainsi dire une voiture vivante, ce nouveau modèle a tout pour plaire. Le prototype qui a servi aux séances de démonstration devant la presse est aujourd’hui revenu en atelier : son propriétaire a disparu ; peut-être la BlackJag a-t-elle gardé en mémoire des éléments qui permettront de le retrouver. Écoutons-la nous raconter son histoire.

 

Avec Suréquipée, son premier roman de science-fiction, Grégoire Courtois, à la suite de J. G. Ballard ou de Stephen King, s'empare avec brio du mythe moderne par excellence : la relation de l’homme à sa voiture.

L'avis de MissDupont :

Comme je le disais dans le Selfie Vendredi, j'ai toujours eu tendance à humaniser ma relation avec mes voitures...

Ma première voiture a été témoin du stress de ma séparation et de la bataille en cours, puis elle a su me protéger lors de mon accident (qui aurait dû me coûter la vie selon les ambulanciers).

Ma seconde voiture fut ma complice de loooongues rides bihebdomadaires (parfois en compagnie de feu ma mamie chérie) où elle me voyait chanter à tue tête afin de rester éveillée.

La troisième quant à elle me faisait enrager (et je la chicanais vraiment) parce qu'elle coûtait trop cher d'essence.

Puis, celle que j'ai actuellement, a apaisé mes peines, mes hystéries, suite aux pertes subites de ma mamie et de mon papa.

Elles ont toutes eu des petits surnoms et oui... parfois je leur parle!

Donc un livre qui traite d'une auto "humaine", c'est CLAIR que c'était pour moi. Lol

 

On se transporte donc quelque peu dans l'avenir... aux alentours de l'an 2100.

Plusieurs enjeux environnementaux apportent un vent de changement dans la fabrication de l'automobile telle qu'on l'a toujours connu : une automobile 100% organique.

 

On alterne - dans l'espace-temps - entre un entretien en laboratoire, où se trouvent le tout premier véhicule organique et plusieurs différents experts, et le passé, moment où la voiture était au service d'Antoine (le propriétaire de la BlackJag qui est porté disparu).

 

La voiture analyse tout, capte tout, fait des regroupements selon ses perceptions

Un peu comme si elle était dotée d'une conscience.

 

À travers les enregistrements antérieurs et des analyses de la voiture (un peu comme les enquêteurs font avec les boîtes noires), les spécialistes tenteront de savoir si la mémoire du véhicule ne leur permettra pas d'élucider le mystère entourant la disparition de l'homme à qui elle appartenait.

 

Tout est si bien pensé.

Aucun détail n'est laissé au hasard autant pour l'aspect technique de la conception de la voiture - dont on en apprend toujours un peu plus au fil des pages -, que pour l'aspect plus moral de la société qui devra apprendre à cohabiter au quotidien avec cette nouvelle "technologie". On comprend vite que certains automobilistes peuvent en venir à développer une sorte d'attirance déviante ou même des envies meurtrières envers leur voiture organique.

 

Bref, un roman parfait en tout point (et il est à noter que je ne suis aucunement fan de science-fiction au préalable).

Auteur : Grégoire Courtois
Éditions : Folio
Parution : Mai 2017
Pages : 162

Il y a huit ans pourtant, on août 2093 pour être précis, nous avons clairement noté une évolution non négligeable de ces valeurs. Si cela nous a paru étrange à l'époque, nous pouvons aujourd'hui affirmer sans trop de risques que la modification de la relation entretenue par l'automobiliste avec sa voiture aura été largement influencée par le dernier choc pétrolier et la menace de raréfaction des transports individuels au profit des transports collectifs. Plus la voiture risquait de devenir rare, plus ceux qui en possédaient une devenaient passionnés. Il y a huit ans donc, nous pressentions déjà que le grand public s'apprêtait à accepter une nouvelle idée de l'automobile. Une idée moins mécanique, plus affective, plus sentimentale, plus douce. En un mot, plus humaine. Si nous avions tenté, par le passé, d'humaniser nos véhicules à travers des campagnes de publicité aux slogans équivoques, ou encore en utilisant des prénoms féminins pour nommer nos modèles, le dernier pas restait à franchir. Il y a huit ans, j'ai donc eu l'honneur d'être nommé par Monsieur Nathan Laroche, notre président-directeur général, à la tête de ce laboratoire dont je m'apprête aujourd'hui à vous faire profiter des premiers résultats concrets. Il y a un mois, pour la première fois depuis que nous réalisons des études d'opinion, l'adjectif "Amoureuse" est en effet passé, comme nous le pressentions, en tête des réponses la clientèle est prête. Le public est assis au premier rang. Le monde a hâte de découvrir notre nouvelle création : la voiture cent pour cent organique.

Extrait p.22

Crédit Photo : Bookivores

Crédit Photo : Bookivores

Publié dans Science-Fiction, LittQc

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