Mémoire de fille

Publié le par MissDupont

"J’ai voulu l’oublier cette fille. L’oublier vraiment, c’est-à-dire ne plus avoir envie d’écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n’y suis jamais parvenue."

Dans Mémoire de fille, Annie Ernaux replonge dans l’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme, à la colonie de S. dans l’Orne. Nuit dont l’onde de choc s’est propagée violemment dans son corps et sur son existence durant deux années.

S’appuyant sur des images indélébiles de sa mémoire, des photos et des lettres écrites à ses amies, elle interroge cette fille qu’elle a été dans un va-et-vient implacable entre hier et aujourd'hui.

L'avis de MissDupont:

J'entendais régulièrement parler de Annie Ernaux, ne serait-ce que par la bouche de Claudia Larochelle. 

Cet été, poussée par la curiosité, je suis tombée sur un livre audio de l'un de ses romans dont j'ai écouté un court passage. Je suis alors devenue encore plus intriguée par cette auteure. Il était donc inévitable que son plus récent roman me tombe entre les mains. 

 

Mémoire de fille fut donc mon tout premier Annie Ernaux. Il va sans dire que l'auteure à une plume unique en son genre. Mais cette particularité n'est justement pas parvenue à m'accrocher.  

 

Il s'agit ici d'une autobiographie relatant ses premiers pas vers la découverte de l'amour, mais aussi ceux vers sa sexualité. L'auteure utilisera le "Je" lorsqu'elle partage ses prises de conscience vis-à-vis de ses expériences du passé et le "Elle" au moment de nous faire revivre certains moments de son adolescence. Pourquoi ? Parce que Annie ne reconnaît plus cette partie de son passé. Elle a changé.  

 

Ce qui - je crois - m'a causé une réticence face à cette oeuvre est l'absence de chaleur et de sentiment que fait preuve la narration. Que ce soit au présent ou au passé, aucune différence. Elle me semblait froide et détachée en toutes circonstances. En est-il toujours ainsi dans ses romans ou est-ce parce qu'elle est amère face à ce moment de sa vie ? 

 

Ce roman plaira sans doute aux lecteurs recherchant une livre sur l'introspection d'auteur sur un sujet tabou : les premières relations.

 

Si vous avez lu plusieurs Annie Ernaux - de même que Mémoire de fille - j'aimerais beaucoup vous entendre sur vos perceptions. 

Je serais tentée de lire L'autre fille étant donné que l'extrait audio m'avait beaucoup plus, mais suite à cette première tentative infructueuse, je suis un tantinet réticente. 

 

Auteure : Annie Ernaux
Éditions: Gallimard
Parution: Mars 2016
Pages: 151

Cette fille-là de 1958, qui est capable à cinquante ans de distance de surgir et de provoquer une débâcle intérieure, a donc une présence cachée, irréductible en moi. Si le réel, c'est ce qui agit, produit des effets, selon la définition du dictionnaire, cette fille n'est pas moi mais elle est réelle en moi. Une sorte de présence réelle.

Dans ces conditions, dois-je fondre la fille de 58 et la femme de 2014 en un "je"? Ou, ce qui me paraît, non pas le plus juste - évaluation subjective - mais le plus aventureux, dissocier la première de la seconde par l'emploi de "elle" et de "je", pour aller le plus loin possible, à la manière de ceux qu'on entend derrière une porte parler de soi en disant "elle" ou "il" et à ce moment-là on a l'impression de mourir.

Extrait p.22

Crédit Photo : Bookivores

Crédit Photo : Bookivores

Publié dans Faits Vécus

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