Bonsoir la muette

Publié le par Mlle Lambert

"Vers quatre ans, j’ai cessé de parler. Plus d’un an après, quand la parole m’est revenue, elle s’est installée pour mieux taire ce qui ne pouvait être dit. Des sons, là, pour détruire les traces, pour ensevelir le souvenir. Un lent renfermement au plus profond de soi."

Dans ce récit d’autofiction, France Martineau recompose d’une plume magnifique des tableaux de son enfance et de son adolescence, marquées par la négligence et la violence, à partir de souvenirs refoulés jusqu’au moment où le silence, sous toutes ses formes, put être définitivement rompu. La démarche de l’auteure suscite également une réflexion sur les conflits entre la mémoire de la victime, celle de l’agresseur et les vestiges du passé, qui ébranlent la prise de parole.

Bonsoir la muette est un témoignage poignant, livré avec finesse, transparence et indulgence.

L'avis de Mlle Lambert :

Bonsoir la muette est un roman court et qui m’a sorti de mon style littéraire habituel, mais également un roman choc qui a su susciter plein d’émotions chez moi.

Négligence, abandon et violence sous toutes ses formes sont au rendez-vous ici. C’est un témoignage bouleversant qui dépeint un grand désespoir. Mutisme et anorexie ont meublé l’enfance de France. Elle souhaite disparaître et se faire oublier… Se retrouver dans la tête d’une fillette naïve et bouleversée qui considère chaque mot qui sort de sa bouche comme étant dangereux et risqué pour son bien-être m’a fait réaliser à quel point certaines personnes doivent être fortes pour remonter à la surface alors qu’elles sont dans un profond désespoir.

À travers ce roman de moins de 100 pages, l’auteure nous dévoile son enfance terrible et les marques profondes que celles-ci ont laissées en elle, même une fois adulte et émancipée. Il est très difficile de se reconstruire alors qu’on n’est qu’une coquille vide.

Finalement, avec ce roman France Martineau a su nous raconter son histoire à travers une plume unique et une profondeur hors normes.

xx

Auteure: France Martineau
Éditions: Sémaphore
Parution: Janvier 2016
Pages: 105

L’emmurement dans un silence sépulcral vers ma quatrième année de vie s’est sans doute produit de façon graduelle et avait commencé bien avant, alors que j’étais seule dans la pièce où je n’avais pas d’interlocuteur ni, dans mon souvenir, d’objets familiers comme des peluches. Il y a eu, j’en suis persuadée, une période de bégaiement profond, qui s’impose lorsque les souvenirs de cette période remontent. Mais à ce demi-silence, créé par les conditions physiques d’abandon et de négligence, a succédé une longue période où j’ai cessé de parler, le son même qui franchirait mes lèvres devenant un objet risqué. Il valait mieux le conserver en soi. Ne pas parler, ne pas

bouger les lèvres, fuir le regard devenaient des diktats d’une voix intérieure à laquelle j’obéissais. Si j’arrêtais de parler, le monde se figerait, et M. et P. seraient sauvés.

Extrait du roman

Crédit Photo : Mlle Lambert

Crédit Photo : Mlle Lambert

Publié dans Témoignage, LittQc

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