Le premier qui rira

Publié le par Mlle Lambert

Le premier qui rira

Le premier qui rira est un chassé-croisé entre trois personnages éperdus d’humour. Ce qui au départ se présente comme une simple farce dérape dans le drame. On y découvre Alice, une mère de famille monoparentale, caissière dans un magasin à grande surface, qui ne vit plus que pour son rendez-vous hebdomadaire au Club du rire, où elle peut enfin libérer sa folie. Il y a aussi Gabriel, un dramaturge qui distille ses déceptions amoureuses dans ses créations ludiques. Et, finalement, Xavier, un étudiant en cinéma vêtu de son éternel pyjama, qui nourrit une étonnante passion pour les trucs et astuces de nettoyage, telle une madame Chasse-taches comprimée dans le corps d’un ado de dix-sept ans. Aux mésaventures de ce trio dépareillé s’entremêlent des profils issus d’un site de rencontres, les protagonistes de la banque dessinée Archie, ainsi que des lettres circulaires et autres spams. Derrière cet apparent chaos, Boulerice se fait l’architecte d’un récit d’amours tordues qui, plus que jamais, entrelace brillamment comédie et tragédie.

L'avis de Mlle Lambert:

Ce fût avec un immense plaisir que, dès les premières lignes, je retrouvai la plume unique de Simon Boulerice. Des chapitres cours, trois personnages attachants et singuliers, une histoire crue et touchante à la fois... bref, une histoire comme seul cet auteur talentueux sait nous la raconter!

Comme vous vous en doutez, j'ai, encore une fois, beaucoup aimé ce roman de Boulerice! Le premier qui rira nous offre une escapade de quelques heures auprès d'Alice, de Gabriel et de Xavier. Ces trois personnages fascinants nous font totalement oublier ce qui se passe autour. Je lisais, assise dans le métro pour me rendre à mes cours ou à la cafétéria de l'université, et pourtant, dès que je plongeais dans ce roman, tout autour de moi disparaissait. Je me laissais totalement envelopper dans le cocon douillet que nous font ressentir ces trois êtres marginaux.

Bref, Le premier qui rira est un roman idéal pour décompresser et se réchauffer en une journée froide et pluvieuse!

xx

Auteur: Simon Boulerice
Éditions: Leméac
Parution: Octobre 2014
Pages: 293

Quarante-quatre ans aujourd’hui. Alice met ses mains sur sa taille indéfinie. Elle se surprend à rêver que ses mains sont deux lames, ou dix cisailles comme dans Édouard aux mains d’argent, le film qui a passé à la télé l’autre jour. Elle pourrait se tailler comme elle le désire. Retrancher le superflu. Conserver la jeune fille qui se cache dans son corps.

Il lui arrive de se tourner sur un flanc, dans son lit, pour poser une main sur les os les plus saillants de sa cage thoracique, pour dénombrer chacune de ses côtes flottantes sous une légère couche de gras. Elle analyse alors, momentanément rassurée, leur étonnante netteté, leur saillie. Il lui faut seulement faire abstraction de sa graisse qui

converge en pain mou dans son ventre affalé sur le matelas, comme un sac à ordures. Malgré les cours au Club du rire, Alice est molle. Son surplus de poids est amovible et se déplace au gré de ses positions. Si son amant virtuel venait la rejoindre au lit, elle aurait cette position fœtale, le flanc offert, le gras au ventre intelligemment dissimulé sous un oreiller. Ce qu’on ne voit pas ne fait pas mal. C’est ainsi qu’Alice veut voir la vie.

Extrait p.199

Crédit Photo : Mlle Lambert

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Publié dans LittQc, Contemporain

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